Guides / « Naturel », « sans chimie »
Peut-on dire « naturel » ou « sans chimie » d’un savon ?
Publié le 8 octobre 2026 ; règles à jour au 25 septembre 2026. Un ouvrage de référence sur l’étiquetage, pas un avis juridique.
« Naturel » est permis s’il est vrai, étayé par des éléments probants et non trompeur ; « sans chimie » ne l’est pas, car ce n’est vrai d’aucun savon. L’article 20, paragraphe 1, du règlement sur les produits cosmétiques interdit d’utiliser le texte, les dénominations, marques, images ou autres signes « pour attribuer à ces produits des caractéristiques ou des fonctions qu’ils ne possèdent pas », et le règlement (UE) n° 655/2013 fixe six critères communs auxquels doivent répondre les allégations relatives aux produits cosmétiques, « qu’elles soient explicites ou implicites ». Aucun des deux textes ne définit « naturel » ; le mot est donc jugé à l’aune des critères. Un pain de savon est un produit chimique, des sels de sodium d’acides gras ; une étiquette qui dit qu’il ne contient aucun produit chimique échoue donc au critère 2 des six : « Véracité ».
Les six critères, dans les termes du règlement
Le règlement 655/2013 s’applique « aux allégations sous la forme de textes, de dénominations, de marques, d’images ou d’autres signes figuratifs ou autres attribuant explicitement ou implicitement des caractéristiques ou fonctions au produit » (article premier), et la personne responsable veille à ce qu’elles respectent les critères (article 2). L’annexe énumère :
- « Conformité avec la législation ». Aucune allégation indiquant que le produit a été autorisé ou approuvé par une autorité ; et « Les allégations qui laissent entendre qu’un produit procure un bénéfice particulier alors que, ce faisant, il satisfait simplement aux prescriptions minimales de la législation ne sont pas autorisées ». L’acceptabilité d’une allégation se juge d’après l’image qu’elle donne à « l’utilisateur final moyen, qui est normalement informé et raisonnablement attentif et avisé ».
- « Véracité ». « Les allégations ne peuvent mentionner la présence dans le produit d’un ingrédient qui ne s’y trouve pas », et les allégations qui font référence aux propriétés d’un ingrédient ne peuvent laisser entendre que le produit fini possède les mêmes propriétés lorsque ce n’est pas le cas.
- « Éléments probants ». Les allégations « doivent être fondées sur des éléments probants adéquats et vérifiables », avec un niveau de preuve qui correspond au type d’allégation ; les mentions clairement exagérées que personne ne prend au pied de la lettre n’ont pas à être étayées.
- « Sincérité ». « Les effets allégués d’un produit ne peuvent aller au-delà des effets démontrés par les éléments probants disponibles », et une allégation ne peut attribuer à un produit des caractéristiques uniques si des produits similaires possèdent les mêmes.
- « Équité ». Les allégations « doivent être objectives et ne peuvent dénigrer ni la concurrence ni des ingrédients utilisés de manière légale ».
- « Choix en connaissance de cause ». « Les allégations doivent être claires et compréhensibles pour l’utilisateur final moyen. »
« Naturel »
Le mot n’est pas défini ; les questions sont donc celles des critères. Est-il vrai de ce produit, tel que l’utilisateur final moyen le comprend, et pouvez-vous l’étayer ? Un savon fait d’huiles végétales, d’eau et de soude, avec une huile essentielle, est un cas plus solide qu’un savon coloré avec un pigment de synthèse et parfumé avec une huile parfumée, et « fait avec des huiles naturelles » est une indication plus étroite et plus facile à défendre que « 100 % naturel », parce que la première décrit des ingrédients mis volontairement dans le produit et la seconde le produit tout entier. Selon le critère 4, une allégation que tout savon fait main pourrait faire n’est pas une caractéristique unique du vôtre. Gardez les éléments probants de l’allégation dans le dossier d’information sur le produit, où l’article 2 du règlement sur les allégations les attend.
« Sans chimie », « sans produits chimiques », « non toxique »
Tout, dans un savon, est un produit chimique, eau comprise ; « sans chimie » ne peut donc pas être vrai et échoue au critère 2 avant toute autre question. « Non toxique » et « sûr » sont des allégations sur la sécurité du produit qui, lues par l’utilisateur final moyen, laissent entendre un avantage sur les autres cosmétiques ; tout produit cosmétique mis à disposition sur le marché doit être sûr selon l’article 3 du règlement sur les produits cosmétiques, si bien que l’allégation présente comme un bénéfice le simple fait de satisfaire « aux prescriptions minimales de la législation », ce que le critère 1 exclut. (Pour les bougies et les autres produits étiquetés selon le CLP, les mêmes mots sont interdits purement et simplement par l’article 25, paragraphe 4, du CLP ; pour les cosmétiques, la règle est celle des critères, pas une liste de mots.)
« Sans » et « exempt de »
Une allégation « sans X » portant sur un ingrédient interdit dans les cosmétiques présente le respect des règles comme un bénéfice et échoue au critère 1. Une allégation « sans X » portant sur un ingrédient utilisé légalement dans d’autres produits se heurte au critère 5, qui interdit de dénigrer des ingrédients utilisés de manière légale, et à la référence de l’utilisateur final moyen posée par le critère 1, puisque l’allégation laisse entendre que l’ingrédient est à éviter. Le règlement sur les allégations ne dresse pas la liste des mots acceptables ; il donne les critères. La formulation qui y satisfait le plus facilement dit ce que le produit contient plutôt que ce qu’il ne contient pas.
Où passe la limite sur une étiquette de savon
- La liste des ingrédients n’est pas une allégation ; c’est la mention de l’article 19, et elle reste factuelle quelle que soit la formulation de la face avant de l’étiquette.
- Un nom de produit est une allégation s’il attribue une caractéristique (« Pur », « Doux », « Détox »), car l’article premier du règlement sur les allégations vise les dénominations et les marques.
- Les images comptent aussi : une feuille, un dessin botanique ou un macaron « sans chimie » transmettent la même allégation implicite que les mots.
- La personne responsable, c’est-à-dire vous-même si vous vendez votre propre savon, est celle qui doit pouvoir étayer chaque allégation.
Autres questions
Existe-t-il une définition légale de « naturel » pour les cosmétiques ?
Non. Ni le règlement sur les produits cosmétiques ni le règlement (UE) n° 655/2013 ne le définissent. Le droit exige plutôt que chaque allégation, explicite ou implicite, réponde aux six critères communs ; « naturel » est donc jugé selon qu’il est vrai pour le produit, étayé par des éléments probants, sincère, équitable et clair pour l’utilisateur final moyen. Il existe des référentiels privés pour les cosmétiques naturels, mais ce ne sont pas des lois et ils ne sont pas cités ici.
Puis-je écrire « sans parabènes » ou « sans SLS » ?
Selon le critère « Équité », les allégations ne peuvent dénigrer « des ingrédients utilisés de manière légale », et le critère « Conformité avec la législation » exclut les allégations qui présentent comme un bénéfice le simple respect des prescriptions minimales de la législation. Une allégation « sans » portant sur un ingrédient que le produit pourrait légalement contenir se rapproche des deux, et une allégation portant sur un ingrédient de toute façon interdit échoue directement au critère « Conformité avec la législation ». Savoir si une allégation « sans » donnée passe est une appréciation au regard de ces critères ; la formulation la plus sûre dit de quoi le produit est fait.
Ces critères s’appliquent-ils en Grande-Bretagne ?
Oui. Le règlement (UE) n° 655/2013 est du droit assimilé en Grande-Bretagne, avec les mêmes six critères ; seuls les renvois à l’autorité compétente et à la population diffèrent. L’article 2 du règlement repris sur les allégations désigne la personne responsable comme celle qui doit veiller à ce que le libellé de chaque allégation respecte les critères.
Mentionner « Sodium Hydroxide » affaiblit-il une allégation « naturel » ?
La liste des ingrédients dit ce qui a été utilisé ; l’allégation est une indication à part, jugée sur sa propre véracité et sur ses éléments probants. Si l’allégation ne résiste pas à la lecture de la liste par vos clients, le problème est l’allégation, pas la liste.
Sources
- Règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques, version consolidée du 18.05.2026, CELEX 02009R1223, versions française et anglaise : article 3 (sécurité) et article 20, paragraphes 1 et 2 (allégations)
- Règlement (UE) n° 655/2013 de la Commission établissant les critères communs auxquels les allégations relatives aux produits cosmétiques doivent répondre pour pouvoir être utilisées, CELEX 32013R0655 : articles 1er et 2 et annexe (critères 1 à 6), version anglaise lue sur EUR-Lex le 22 septembre 2026 et version française lue le 8 octobre 2026
- Règlement (UE) n° 655/2013 tel qu’il s’applique en Grande-Bretagne (droit assimilé), legislation.gov.uk ; règlement (CE) n° 1223/2009 tel qu’il s’applique en Grande-Bretagne, article 20
Les textes sur lesquels repose cette réponse. Un ouvrage de référence sur l’étiquetage, pas un avis juridique ; vous restez responsable de l’étiquetage de votre produit.